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L’importance du dimanche

Dialogue: Orthodox-Catholic
Date published: Oct. 27, 2012
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L’importance du dimanche

La Consultation théologique entre orthodoxes et catholiques d’Amérique du Nord
Saint Paul’s College, Washington, DC
27 octobre 2012

Il est essentiel de redécouvrir le sens théologique du dimanche pour rééquilibrer nos vies. Comme orthodoxes et catholiques, nous partageons la même conception théologique du dimanche ; aussi la présente déclaration poursuit-elle quatre objectifs : répondre avec sollicitude à une question qui n’est pas seulement un problème humain, mais aussi un problème théologique; ajouter nos voix au chœur grandissant de s voix chrétiennes qui tentent de se faire entend re au milieu du vacarme de notre vie de travail incessant ; offrir quelques réflexions dans l’espoir d’attirer l’attention sur des exposés plus complets publiés ailleurs; et renforcer le consensus œcuménique en parlant d’une seule voix comme orthodoxes et catholiques.

Pour les chrétiennes et les chrétiens, le dimanche, jour du Seigneur, est une journée spéciale consacrée au service et au culte de Dieu. C’est une fête chrétienne unique. C’est « le jour que fit le Seigneur » (Ps 117(118 ), 24). Nous le croyons, c’est en ce jour foncièrement saint, en ce jour de joie que Dieu est intervenu de manière décisive pour libérer le monde de la tyrannie du péché, de la mort et de la corruption par la Sainte Résurrection de Jésus.

La primauté du dimanche est attestée par la pratique liturgique de l’Église primitive. Saint Justin Martyr écrit vers 150 de notre ère que « c’est le dimanche que nous nous rassemblons parce que le dimanche est le premier jour, le jour où Dieu transforma les ténèbres et la matière pour créer le monde et le jour où Jésus Christ est ressuscité des morts » (Première Apologie, 67). Le dimanche a toujours occupé une place privilégiée dans la vie de l’Église, comme jour de culte et de célébration. Le dimanche, l’Église se réunit pour réaliser sa plénitude eschatologique dans l’Eucharistie, qui révèle dans le temps le Royaume et le Jour sans fin du Seigneur. C’est le premier jour perpétuel de la nouvelle création, et donc un jour de réjouissance. C’est un jour de rassemblement communautaire, un jour de fête, un jour de rencontres familiales.

En observant nos sœurs et nos frères chrétiens et l’ensemble de notre société, nous remarquons que tout le monde manque de temps et que tout le monde est stressé. Cela s’explique entre autres par le fait que plusieurs d’entre nous ont perdu le sens du dimanche et, du même coup, le sens des pratiques qui ressourcent régulièrement nos relations et nos vies. De plus en plus de responsables chrétiens observent les effets d’une vie de travail 24/7 (24 heures par jour, 7 jours par semaine) et ils se demandent où est passé le temps du repos. En tant que membres de la Consultation théologique entre orthodoxes et catholiques d’Amérique du Nord, réunis du 25 au 27 octobre 2012, nous unissons nos voix à leur appel.

Nous ne voulons pas ici remplacer ou répéter leur message; mais seulement le mettre en évidence et le souligner. En se reportant à la lettre apostolique Dies Domini, publiée en 1998 par le pape Jean-Paul II, avec sa cascade de citations patristiques, on y trouvera ample matière à réflexion sur le sens du dimanche. En lisant Sunday, Sabbath, and the Weekend, ouvrage publié en 2010 sous la direction d’Edward O’Flaherty, on verra qu’il existe également un solide consensus œcuménique sur l’urgence de retrouver le sens du dimanche, pas seulement pour le bien de notre âme, mais aussi pour le bien de notre cœur et de notre esprit.

Malheureusement, le dimanche devient de moins en moins un jour de prière et de vie de famille et de plus en plus une journée de travail ordinaire. Les emplettes, le sport et le travail étouffent toute possibilité d’en faire un jour de prière ou de repos au sens chrétien du terme. En renonçant au culte dominical, nous nous privons de la force de régénération qui émane de l’assemblée liturgique. Et lorsque le dimanche est coupé des on sens théologique, il ne devient plus qu’un moment du week-end et les gens perdent la possibilité de trouver pour eux-mêmes et pour leur vie un sens transcendant (Dies Domini, 4).

Le dimanche est plus que le premier jour de la semaine. Notre foi nous montre en lui le dernier jour des nouveaux commencements : « C’est la Pâque de la semaine, jour où l’on célèbre la victoire du Christ sur le péché et sur la mort, l’accomplissement de la première création en sa personne et le début de la “création nouvelle” (cf. 2 Co 5,17). C’est le jour où l’on évoque le premier jour du monde dans l’adoration et la reconnaissance, et c’est en même temps, dans l’espérance qui fait a gir, la préfiguration du “dernier jour”, où le Christ viendra dans la gloire (cf. Ac 1,11; 1 Thess 4,13-17) et qui verra la réalisation de “l’univers nouveau” (cf. Ap 21,5). » (Dies Domini, 1)

Le dimanche descelle pour nous le mystère du temps lui-même, car « en faisant mémoire du jour de la résurrection du Christ, non seulement une fois par an, mais tous les dimanches, l’Église entend montrer à chaque génération ce qui constitue l’axe porteur de l’histoire, auquel se ratta chent le mystère des origines et celui de la destinée finale du monde » (Dies Domini, 2). Le Jour du Seigneur est le jour qui suit le dernier jour de la semaine, et il symbolise aussi de cette façon l’éternité : saint Augustin l’appelle « une paix sans couchant » (Confessions, 13,50). Saint Basile le Grand, dans son Traité sur l’Esprit Saint, écrit : « le dimanche semble être une image de l’âge à venir… Cette journée préfigure l’état qui suivra l’âge actuel : jour qui ne connaît ni coucher du soleil ni tombée de la nuit ni lendemain, âge qui ne vieillit pas et n’aura pas de fin. » (Sur l’Esprit Saint, 26, 77).

La lettre apostolique du pape Jean-Paul II le qualifie de jour de joie, de repos et de solidarité. De joie parce que les disciples sont toujours heureux de voir le Maître. Dieu a institué dans l’Écriture un jour de repos : il nous en a fait cadeau, et toute personne humaine a besoin de se reposer. Le repos est inscrit dans notre nature et il nous permet de nous soustraire « au cycle des tâches terrestres, qui est parfois bien trop absorbant, et de reprendre conscience du fait que tout est l’œuvre de Dieu. Le pouvoir prodigieux que Dieu donne à l’homme sur la création risquerait de faire oublier à ce dernier que Dieu est le Créateur de qui tout dépend. La reconnaissance de ce point est particulièrement nécessaire à notre époque où la science et la technique ont accru de manière inouïe le pouvoir que l’homme exerce par son travail. Enfin, il ne faut pas perdre de vue le fait que, même de nos jours, le travail est accablant pour plusieurs, soit en raison des conditions déplorables dans le squelles il s’effectue et des horaires qu’il impose, surtout dans les régions les plus pauvres du monde, soit parce qu’il subsiste, même dans les sociétés dont l’économie est la plus évoluée, trop de cas d’injustice et d’exploitation de l’homme par l’homme. » (Dies Domini, 65-66).

En tant que membres de la Consultation, nous pressons fermement les membres du clergé et les laïcs de collaborer avec leur collectivité afin de faire valoir l’importance du dimanche pour le culte et la vie de famille. Avant tout, nous vous appelons toutes et tous à rendre grâces à Dieu et à vous aimer les uns les autres – à accepter de vous donner le temps de faire l’un et l’autre – et à vous prévaloir de la richesse du Jour du Seigneur. On peut approcher les autorités compétentes pour que les activités sportives commencent après midi, de manière à donner aux jeunes athlètes et à leurs familles la possibilité de participer à la célébration liturgique du dimanche matin. Nous appelons nos enfants à vivre selon une échelle de temps qui respecte le rythme que Dieu a donné à la semaine.

« Oui, ouvrons notre temps au Christ, pour qu’il puisse l’éclairer et l’orienter. C’est lui qui connaît le secret du temps comme celui de l’éternité, et il nous confie “son jour” comme un don toujours nouveau de son amour. La redécouverte de ce jour est la grâce à implorer, non seulement pour vivre pleinement les exigences propres de la foi, mais aussi pour donner une réponse concrète aux aspirations les plus vraies de tout être humain. Le temps donné au Christ n’est jamais un temps perdu, mais plutôt un temps gagné pour l’humanisation profonde de nos relations et de notre vie. » (Dies Domini, 7)